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L' art à l'age numérique....ou la nécessaire mutation du marché de l'art...................

   Alors que le marché de l'art découvre enfin l'art video, après 40 ans de créations, les artistes électroniques sont encore réduits à une forme de mendicité sociale pour travailler avec des outils coûteux.  

   

Les artistes ont toujours créé avec les outils de leur temps: Van Gogh, Gauguin, Monet ne seraient jamais allé peindre les champs, les plages et les cafés si les couleurs en tube et la photographie n'avaient été inventés. Chaque nouvelle technique apporte son lot de créations et d'ouvertures d'esprit.

Aujourd'hui, des dizaines de milliers d'artistes "technologiques" travaillent et expérimentent des techniques nouvelles avec d'importants problèmes de financement de leur outils et d'exposition de leur oeuvres.

Le marché ferme les yeux

A quelques exceptions près, le marché de l'art ignore les arts technologiques, comme il a ignoré toutes les nouvelles formes d'expression artistiques du siècle précédent. L'exemple de l'art video, ignoré ou méprisé pendant quarante ans , enfin exposé en 2001 dans les grandes foires internationales, sous la pression médiatique du "renouvellement nécessaire de l'art contemporain", est édifiant.

A quelques exceptions près, les artistes ne peuvent pas compter sur le marché de l'art ou les institutions pour soutenir ou comprendre leur création. En Europe du sud, dont la France, ceux qui veulent créer doivent soucrire à une forme de mendicité sociale auprès des institutions et des milieux politiques culturels.

L'autonomisation des artistes

L'autonomisation des artistes technologiques n'est pas encore à l'ordre du jour, sauf dans certaines niches du design numérique, du web, de la musique ou de la video, pour lesquels un home-studio suffit.

Les artistes évoluant dans le domaine de l'installation, de l'interaction à distance, de la performance, de l'action urbaine ou du spectacle sont obligés de sacrifier la majorité de leur temps à obtenir leur espace et leurs outils de création, au détriment de la création elle-même. Les rares dispositifs nationaux d'aide à la création sont dirigés par des décideurs extérieurs au domaine des arts électroniques, comme l'illustre majestueusement le DICREAM qui est géré par le CNC...

Presque seul, le milieu associatif , extrèmement dynamique et décentralisé, héberge les créations contemporaines, malgré d'immenses besoins de soutien médiatique et financier, malgré la chute de tous les dispositifs d'aide depuis les élection de 2002. C'est du milieu associatif que naissent les principales initiatives en faveur des arts technologiques, c'est dans le milieu associatif que naissent les oeuvres les plus interressantes, malgré la disparition de nombreux acteurs avec la fin des aides aux intermittents.

Le timide réveil des institutions.

Petits et grands festivals associatifs se multiplient dans le monde industrialisé et invitent de jeunes artistes à exposer leurs oeuvres ou leur concepts. Artistes et publics se rassemblent dans une frénésie de découverte, de communication et d'émerveillements. La profusion des oeuvres video et web est parfois dopée par le dynamisme des industries des médias.L'émergence d'une culture électronique est flagrante.

On assiste même depuis deux ou trois ans à une spécialisation des festivals d'arts technologiques. Ainsi le festival Interférences de Belfort, création du CICV, Biennale dédiée aux arts multimédias urbains, ainsi Ars Electronica (annuel depuis 1979), englué dans les problématiques politiques et mercatiques de la technologie, ainsi Médiaterra, spécialisé dans le dialogue inter-méditerranéen, et de nombreux autres festivals dans le monde. Ces festivals, guettés cependant par un certain élitisme (comme technique médiatique) explorent le monde d'aujourd'hui et inventent le monde de demain.

     

Les entreprises ouvrent un oeil

Le secteur économique, désormais intimement lié au développement d'Internet, commence à comprendre l'interêt de soutenir le secteur culturel, non seulement en terme d'image, dans un marché à concurrence planétaire, mais aussi en terme de moteur de développement technique ou de développement social. Il reste maintenant à construire les interfaces entre artistes et industriels, mais surtout à concevoir des règles de collaboration qui respectent les éthiques de création artistique, c'est le point le plus préoccupant dans notre société de rentabilité généralisée.

Nécessaire mutation du marché de l'art: le rôle du médiateur culturel

Toutes ces émergences d'une redistribution des cartes du marché imposent à court terme une mutation ou une disparition des formes actuelles de commercialisation et de diffusion de l'art.

Galeristes, musées, médias, critiques et institutions traditionnelles ont cependant toute leur place dans ce nouveau marché planétaire de la création numérique, à condition d'amorcer leur mutation.

Les artistes technologiques ont en effet besoin de médiateurs culturels, c'est à dire d'interfaces avec les institutions publiques et privées, de systèmes de financement de leur recherches, et ne doivent pas continuer à perdre leur temps et leur énergie pour opérer cette médiation.

Nouvelles éthiques

Ce bouleversement s'accompagne de nouvelles règles, de nouvelles attitudes, de nouvelles éthiques, notament vers des systèmes de diffusion exempts de droits, mais pas de devoirs.... Il faudra s'y faire.

Les institutions culturelles, éducatives ou muséographiques auront d'abord à s'ouvrir, à restructurer, réinventer leur politiques et leurs moyens avant de pouvoir réagir. Le secteur associatif et les institutions expérimentales sont là pour montrer l'exemple.

Faire réellement connaitre l'art actuel dans le quotidien, dans une éthique incontournable de conscience planétaire, majoritairement urbaine, sera soit dirigé par le marché économique (comme on le voit actuellement avec l'industrie américanisée de la culture pour enfants) soit pris en charge par les artistes et les médiateurs eux-mêmes, en collaboration avec les institutions culturelles publiques, associatives ou privées.

De nouvelles pratiques

la première étape pour créer de nouvelles synergies entre tous les acteurs de cette prochaine révolution est de créer et interconnecter de nouveaux réseaux . Des réseaux internationaux de création et de diffusion, capables d'influer et de soutenir de nouvelles pratiques, comme faire descendre les pratiques artistiques et les oeuvres dans des espaces publics, au lieu de les enfermer dans des galeries et des musées déserts.

C'est aussi le rôle d'une association comme Art Sensitif, avec ses moyens autoproduits, avec votre participation et votre soutien.

 

 

 

 

 

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